Communiqué de la Fédération Cgt du Spectacle
à propos du « Conseil de la Création Artistique ».
MAIN MISE DU CHATEAU SUR LA CREATION ARTISTIQUE ?
Un des premiers gestes de la toute jeune cinquième république fut de créer, en 1959, un ministère des Affaires culturelles à part entière – le général de Gaulle était non seulement un homme cultivé, c’était également un homme de culture. Et pour bien marquer cet acte symbolique, c’est à André Malraux qu’il confia ce ministère. C’était il y a tout juste cinquante ans. Aujourd’hui, le Président de la République vient de prendre un décret instituant, auprès de lui, « un Conseil de la création artistique dont la mission est d’éclairer les choix des pouvoirs publics en vue d’assurer le développement et l’excellence de la création artistique française, de promouvoir sa diffusion la plus large...».
Nicolas Sarkozy a déjà eu l’occasion de nous faire part de son amour immense pour la littérature et de « l’utilité » qu’elle représentait à ses yeux. Il a même osé faire la promotion d’Eurodisney dans les media !
Certes, il ne viendrait à l’idée de personne de le rapprocher, en matière de culture, de Charles de Gaulle, et sans doute serait-il discourtois de comparer l’action de Christine Albanel à la vision d’André Malraux d’une politique culturelle. Mais au-delà de la prétention redoutable et dangereuse de vouloir définir « l’excellence » en art, c’est la création même de ce Conseil qui a quelque chose de profondément choquant.
La question n’est pas de débattre de la compétence ou non des membres qui composent ce Conseil. Ce qui est inacceptable, c’est de confier le rôle et la mission d’une institution républicaine à un Conseil privé présidé par Nicolas Sarkozy lui-même ! Ce qui heurte c’est la privatisation de la chose publique, c’est le bond en arrière de cent cinquante ans que fait faire à la France son premier magistrat. Il nous ramène au second empire, sous N. le petit, comme le nommait Victor Hugo, ou pire, à l’Ancien régime.
Ce qui n’est pas acceptable, c’est le choix délibéré de mépriser les instruments de la démocratie : Parlement, organisations professionnelles au profit de personnalités « qualifiées » qui n’ont pu ou su résister à la reconnaissance du « Château ».
La Fédération du spectacle CGT et ses syndicats ont, en son temps, accueilli avec satisfaction la création de ce ministère ; ils ont toujours étroitement travaillé avec ses dirigeants, politiques et fonctionnaires, y compris lorsqu’ils combattaient la politique menée. Ils continueront à réclamer pour ce ministère des moyens pérennes pour mettre en œuvre une politique artistique et culturelle nationale ambitieuse, largement et publiquement débattue et clairement définie.
C’est pourquoi aujourd’hui, la Fédération du spectacle CGT et ses syndicats dénoncent avec force le décret qui vient d’être pris et qui constitue une grave atteinte portée à la démocratie culturelle au travers d’une de nos institutions républicaines.
Paris le 06 Février 2009