22.3.10

Manifestation à Lille lundi 29 mars 2010



REFUSONS LA REGRESSION,
SIGNEZ LA PETITION !

GRANDE MANIFESTATION À PARIS POUR DÉFENDRE L’ART ET LA CULTURE
Rendez-vous
14h30 place du Palais Royal

Manifestation régionale à Lille -> 14h30, Boulevard de la Liberté



La responsabilité publique de l’Etat se désintègre méthodiquement et vide le ministère de la Culture et de la Communication de son rôle moteur par :
- l’action conjuguée de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) qui, sous le prétexte de maigres économies sur un budget insuffisant, supprime des Directions historiques (Archives, Architecture, Livre…), tente de brader l’ensemble des Monuments Nationaux, intègre de force l’architecture contemporaine dans le Patrimoine et la politique de lecture publique dans les Industries Culturelles… fait stagner ou régresser ses financements ;
- les activités du « Conseil de la création artistique », contre-ministère présidé par N. Sarkozy et animé par M. Karmitz qui puise dans le budget du ministère pour financer des « projets » démagogiques et populistes.
L’Etat Sarkozyste veut aussi « réformer » les collectivités territoriales, qui assurent près de 70% du financement public de la culture. Il les frappe à la caisse d’ores et déjà par des transferts de charge sans les compensations financières équivalentes et il veut supprimer la taxe professionnelle, source principale de leur budget. Ces mesures préconisées ont déjà des effets sensibles sur le financement par les collectivités du spectacle vivant, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’animation culturelle. De plus, le président attaque directement la démocratie par le projet d’instauration d’un scrutin uninominal à un tour pour les « conseillers territoriaux » qui favoriserait grossièrement son parti politique.
Comme le disait cyniquement Denis Kessler à propos de la politique menée par N.Sarkozy « les annonces successives de différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork … à y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux.»

Refusons la régression, signons la pétition. Nous demandons l’élaboration et le vote d’une loi d’orientation et de programmation pour la culture et la création.
Vous pouvez signer et faire
signer aussi l'appel :
http://www.mesopinions.com/Culture-en-danger-appel-contre-la-Reforme-generale-des-politiques-publiques-petition-petitions-819c98cca31ca399e3c187af2e0379db.html

2.10.09

A paris mais à Lille?

POUR LA CONSTRUCTION D’ATELIERS À PARIS & EN RÉGION ILE DE FRANCE

Le Syndicat National des Artistes Plasticiens CGT / Paris-ile de France affirme sa solidarité avec les artistes du 53 bis rue de la Voûte Paris 12 ème sommés de quitter leurs ateliers au plus tard le 31 décembre prochain par la SNCF propriétaire des lieux, au motif que la RATP prévoit d’y installer un transformateur pour le futur tramway, projet porté, rappelons le, par la ville de Paris et la Région.

Nous savons que d’autres solutions sont possibles et nous appelons les 4 acteurs "interchangeables" (1) que sont la SNCF (RFF) /la RATP/le STIF (la Région Ile de France), la ville de Paris à les mettre en oeuvre plutôt que d’expulser des artistes installés depuis 18 ans sans délais (2), sans relogement, sans indemnités !

Après les artistes de La Forge de Belleville eux aussi sommés de rendre leurs clefs en avril dernier (3), nous affirmons que Paris "Capitale des Arts" ne doit plus tolérer qu’après l’éviction des couches populaires et des artisans, ses derniers artistes soient chassés d’une ville qui se condamnerait à n’être que la "Capitale du Luxe" .

Nous réclamons de la ville de Paris qu’elle assure la pérennité des ateliers existants et qu’elle mette en chantier un programme conséquent (4) de construction d’ateliers d’artistes et ateliers-logements en coordination avec les communes périphériques, les Conseils Généraux et La Région et les organisations professionnelles. Non aux expulsions d’artistes, oui à la construction d’ateliers à Paris et en Région : ouvrons la discussion avec les élus.

le snap Paris/ile de France, le 23 septembre 2009

(1) les artistes de l’atelier de la Voûte ont les plus grandes difficultés à trouver un interlocuteur qui accepte de discuter de leur situation d’où un jeu de ping pong entre les uns et les autres insupportable- quoiqu’il apparaisse au final que c’est bien la ville de Paris qui conduit l’opération tramway-

(2) la lettre recommandée de cessation de bail signée de Réseau Ferré de France est datée du 31 Juillet 2009 !

(3) la campagne d’opinion menée par les artistes de La Forge avec le concours du snap-pif et des élus a finalement permis leur maintien dans les lieux, mais la pénurie d’ateliers d’artistes sur Paris est fortement apparue dans ces circonstances.

(4) sur les 12 derniers mois il a été attribué 40 ateliers à Paris pour une liste d’attente d’au moins 900 cas urgents par une commission d’attribution qui ne s’était plus réunie depuis un an !

20.4.09

Manif du 1er mai, nous y serons !

Le SNAP CGT 59 entend bien faire entendre la voix des artistes durant la manifestation du 1er mai prochain. Rendez-vous est donné à Lille à la Porte de Paris à 10h30 !

Les organisations syndicales- CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA, dans la continuité des mobilisations dans l'unité des 29 janvier et du 19 mars derniers souhaitent faire de ce 1er Mai un nouveau temps fort de mobilisation pour peser sur le gouvernement et le patronat.

Considérant qu’une grande part de la profession est paupérisée par une conjoncture économique difficile doublée du désengagement de l’état des politiques culturelles, force est de constater que les artistes ont bien du mal à vivre, à se loger et trouver un atelier.


Puisque "l’art est fait par les artistes", nous souhaitons prendre part aux décisions qui nous concernent.


Nous diagnostiquons l’évolution des dernières années de l’action du ministère de la culture comme un accompagnement de la marchandisation de l’art : baisse des moyens en direction de l'ensemble du secteur (depuis la petite association d'artistes jusqu'aux budgets des Directions Régionales des Affaires Culturelles), concentration de l’essentiel autour de manifestations emblématiques.
6 500 entreprises mécènes sont désormais répertoriées en France. L’avenir de la culture appartient -il au monde privé ? La réponse sera malheureusement oui si les mesures prises ne laissent plus de moyens publics suffisants.

C'est pourquoi le SNAP CGT 59 s'associe à tous ceux qui défendent les services publics de l'éducation, des transports, des postes et des énergies, sans quoi il est bien illusoire de croire que le seul secteur de la culture fera mine "d'exception française" comme se plaisent si souvent à le dire notre Président ou notre Ministre...

19.4.09

HADOPI en sursis

Le Parlement a rejeté à la surprise générale le projet de loi HADOPI (Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet ) de lutte contre le piratage sur Internet.

Alors que les sénateurs avaient entériné dans la matinée le texte mis au point mardi par une commission mixte paritaire Assemblée-Sénat, les députés, qui n'étaient qu'une petite trentaine dans l'Hémicycle, se sont prononcés contre.
Les élus Socialistes, Communistes et Verts étaient plus nombreux au moment du vote et l'unique député du Nouveau Centre (NC) présent, Jean Dionis du Séjour, pourtant porte-parole dans ce débat, a voté lui aussi contre. L'UMP n'a, semble-t-il, pas su motiver ses propres troupes, ce qui montre a quel point cette loi ne fait pas l'unanimité au sein même de la majorité.
Cependant, ne crions pas victoire trop tôt, le texte n'est pas encore remisé aux oubliettes puisque le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, a indiqué que le Gouvernement, comme il en a le pouvoir, redéposerait celui-ci à la rentrée des vacances le 28 avril prochain.

Rappelons que l'article clé du texte, mais aussi le plus controversé, prévoyait la création d'une Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi) chargée de la mise en oeuvre d'une "riposte graduée" pouvant aller jusqu'à la suspension de l'abonnement en cas de récidive pour les auteurs de téléchargements illégaux. Le dispositif prévoyait un premier avertissement avec l'envoi d'un courriel au fraudeur puis d'une deuxième mise en garde, accompagnée éventuellement d'une lettre recommandée, en cas de récidive dans les six mois.
En cas de récidive dans l'année, l'Internaute devait voir son abonnement suspendu entre deux mois et un an, avec interdiction d'en souscrire un autre pendant ce délai et continuer à payer ledit abonnement auprès de son FAI (Il faudrait voir à ne pas léser Free et compagnie tout de même). Mise sous surveillance tatillonne accrue de la toile donc... Répression, contrôle, l’atmosphère du Net est-elle en train de devenir détestable ?

Le SNAP CGT, pour sa part, se félicite du rejet de cette loi HADOPI. La plupart des artistes ne souhaitent manifestement pas stigmatiser les Internautes et c'est probablement bien inutile face aux possibilités technologiques actuelles et futures qu'offre le Net. HADOPI ne permet pas d'ouvrir le débat de fond sur la possibilité, le périmètre et la forme d’un espace de gratuité à inventer, et encore moins d'offrir une réelle protection de la création, des droits d'auteurs et de la rémunération qui devrait en découler.

La question se pose évidemment de savoir si l’État est dans son rôle quand, au prétexte de protéger la création et les artistes, même les petits, il vole au secours des majors de la musique et du cinéma dont les profits seraient menacés par internet.

Les artistes semblent d'ailleurs paradoxalement les grands absents de ce projet de loi et c'est bien dommage. Bien sûr, on va vous caser un Francis Cabrel, un Jean-Jacques Goldman ou un Johnny Hallyday sur un plateau télé pour vous dire que c'est mal de télécharger de la musique. Mais quid de l'écrit et de l'image ? Les arts visuels ont été systématiquement tenus à l’écart des auditions du Ministère sur le sujet. Les droits d'auteurs ne semblent intéresser que lorsqu'il y a de grosses majors pour les toucher. Pourtant, au prorata de l'ensemble des téléchargements sur le Net, ce sont bien les fichiers images, et de loin, qui sont les plus téléchargés.
Au lieu de s’évertuer à interdire, à condamner, à réprimer, à bloquer, il serait préférable d’inventer les solutions qui permettraient à chacune des parties en présence de trouver sa juste place, concilier l’émergence d’une nouvelle économie de la culture qui profite vraiment aux créateurs, tout en garantissant aux internautes la possibilité de télécharger ou d’écouter librement ce qu'ils veulent.
Pourquoi, en effet, devrait être interdit sur internet ce qui est admis depuis longtemps avec la radio, où l’on peut enregistrer de la musique à volonté sans risque d’encourir les foudres de la loi ? Même chose avec la télévision où le paiement de la redevance télé garantit à chaque foyer de pouvoir librement enregistrer les films ou programmes qu'il souhaite.
Une réflexion de fond regroupant l'ensemble des parties concernées (État, auteurs, producteurs, diffuseurs, FAI, publics...) est nécessaire sur ces problématiques, tout comme la mise en place d’un service public favorisant la diffusion des œuvres, qui s’accompagne d’une rémunération des artistes.
Il est donc plus que nécessaire que les artistes se mobilisent pour porter ce débat et obtenir gain de cause... Sans quoi, nous risquons de rester précaires parmi les précaires encore un bout de temps pendant que d'autres se gavent sur notre dos. Au bout d'un moment, ça commence à bien faire !

27.3.09

Appel des photographes

Le SNAPcgt soutient l’appel de L’Union des Photographes Créateurs.

SAUVONS LA PHOTOGRAPHIE

Pour que la création visuelle continue d’exister et que les Auteurs Photographes puissent continuer à produire des photographies.

Nous lançons cet appel pour la constitution d’Etats généraux de la photographie.

Les utilisations massives de photos dites « libre de droits », les photographies à « 1 euro », les photographies signées « DR », la baisse générale des tarifs, les contrats de cession de droits ne respectant pas la loi, la remise en cause par les juges de la qualité originale des photographies, la banalisation de la photographie comme un bien de consommation et les autres atteintes à notre profession doivent être encadrés juridiquement et socialement.

Ces pratiques abusives génèrent une crise économique sans précédent qui met en péril les auteurs photographes et les agences photographiques qui diffusent leurs images.

Nous demandons à l’Etat, garant des libertés et de la sauvegarde du patrimoine culturel, de tout mettre en œuvre pour réunir l’ensemble des acteurs de la photographie et trouver des solutions législatives à cette situation.

L’opinion publique et les représentants de l’Etat doivent prendre en compte cette réalité.

La France pays inventeur de la Photographie a le devoir de soutenir la liberté de création visuelle et maintenir une activité économique qui concerne des milliers d’emplois utiles à notre société.

A vous tous qui êtes convaincus de la nécessité absolue de préserver et de protéger les Auteurs Photographes et par voie de conséquence la Photographie, vous pouvez soutenir cette initiative en signant cette pétition .

19.3.09

manifestation interprofessionnelle du 19 mars

La manifestation interprofessionnelle débute à 14h30 boulevard de la liberté à Lille. Les camarades du SNAP CGT seront présents au niveau du camion sono de la CGT.
Parce que les plasticiens sont une des catégories professionnelles les plus précaires, il est important de se joindre aux salariés du public et du privé pour revendiquer :
la reconnaissance d'un réel statut professionnel, une protection sociale efficace, une fiscalité adaptée, notre inscription effective dans l’espace économique par le respect de nos droits d’auteurs et la contractualisation de nos activités, l'application du droit de présentation publique, et bien d'autres choses !
C'est ensemble que nous ferons avancer ces questions et bien d'autres, venez nombreux et rejoignez le SNAP CGT !

9.3.09

DADVSI 2, HADOPI : De bonnes questions ? De mauvaises réponses.

Nous reproduisons ici un point de vue de juristes paru au Dalloz du 25 septembre 2008
DADVSI 2, HADOPI , . . « création et internet »...
De bonnes questions ? De mauvaises réponses

« l’éviction du juge est sans doute l’un des éléments les plus déroutant du projet »
1 - Le dispositif du projet -

A la suite de la mission Olivennes et de l’accord conclu a l’Elysée le 23 novembre 2007, le gouvernement a adopte le 18 juin dernier un projet de loi « favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet », auparavant dénomme projet de loi « HADOPI » du nom de la « Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet » dont la loi proposée instaure la création.

L’objet du projet est le suivant : prévoir, indépendamment des procédures civiles ou pénales de contrefaçon, un mécanisme présenté comme préventif, organisé autour de I’HADOPI chargée de sanctionner tout manquement a une obligation de surveillance mise à la charge du titulaire d’un accès a internet. En effet, selon le projet d’article L. 3363 nouveau du code de la propriété intellectuelle, remplaçant l’article L. 335-12, le titulaire d’un tel accès a « I ’ obligation de veiller à ce que cet accès ne fasse pas I’objet d’une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à la disposition ou de communication au public d’oeuvres ou objets protégés par un droit d’auteur ou un droit voisin sans I’autorisation des titulaires des droits (..) lorsqu’elle est requise ».

L’HADOPI, à qui est confiée la mise en oeuvre du dispositif prévu par le projet de loi, est une nouvelle autorité administrative indépendante qui vient remplacer l’ éphémère Autorité de régulation des mesures techniques (ARMT) créée par la loi du 1er août 2006 relative au Droit d’Auteur et aux Droits Voisins dans la Société de l’Information. Au sein de I’HADOPI doit siéger une « commission de protection des droits » composée d’un conseiller d’Etat, d’un magistrat de la Cour de cassation et d’un membre de la Cour des comptes. C’est à cette commission qu’appartient le pouvoir d’adresser des recommandations aux intemautes et de prononcer des sanctions a leur encontre.

La commission de protection des droits est saisie par des agents assermentés de « faits susceptibles de constituer un manquement a I ’obligation de surveillance », Elle peut adresser à l’abonné potentiellement fautif des avertissements sous forme de courrier électronique. Si les agissements dénoncés persistent à partir de cet accès, la commission peut ensuite adresser à l’abonne une mise en demeure par lettre recommandée avec accuse de réception. Si les agissements dénoncés persistent encore, la commission peut, après une procédure contradictoire, suspendre et interdire tout accès à internet pendant une durée de trois mois à un an. Elle peut aussi, s’agissant principalement des entreprises, notifier une injonction de prendre « des mesures de nature a prévenir le renouvellement du manquement constaté », le cas échéant sous astreinte. Une transaction entre la commission et l’abonné peut intervenir pour limiter la durée de la suspension d’accès et contrepartie d’une obligation de prendre des mesures de nature a éviter le renouvellement du manquement constaté.

La responsabilité du titulaire de l’accès ne pourra être retenue s’il a mis en oeuvre les « moyens de sécurisation regardés comme efficaces » pour prévenir les manquements à l’obligation de surveillance créée par l’article L. 336-3, ou en cas de force majeure ou d’action frauduleuse’ d’un tiers dont il n’est pas responsable.

2 - Des auteurs absents ? -

Les signataires des présentes observations, tous théoriciens et praticiens du droit de la propriété littéraire et artistique, et auteurs à l’occasion, sont profondément attachés à la protection de la création.

Ils observent que les parties concernées par le respect de ces droits n’ont pas toujours le même avis sur les priorités à suivre dans leur mise en oeuvre, selon qu’ils sont auteur, artiste-interprète, producteur indépendant, ou qu’ils sont une entreprise commercialisant à grande échelle des contenus créatifs.

La plupart des auteurs et des artistes-interprètes ne souhaitent manifestement pas stigmatiser les internautes du fait de pratiques non marchandes qui sont rendues possibles par des techniques et des équipements accessibles et offerts à tous. Ils ont pour objectif principal que leurs créations et interprétations soient diffusées auprès du plus grand nombre, mais en contrepartie d’une juste rémunération leur permettant de continuer à vivre de leur métier.

Il est symptomatique, de ce point de vue, que l’HADOPI puisse être saisie exclusivement par les organismes de défense professionnelle, les sociétés de perception et de répartition des droits et... « les bénéficiaires valablement investis à titre exclusif, conformément aux dispositions du livre II ; d’un droit exclusif d’exploitation appartenant à un producteur de phonogrammes ou de vidéogrammes ». En revanche, cette faculté n’est offerte ni aux auteurs ni aux artistes-interprètes individuellement. Ceux-ci se trouveraient donc livrés, pour la mise en oeuvre de ce dispositif, à la volonté de certains organismes professionnels et à celle des producteurs ou de leurs cessionnaires.

Les auteurs et les artistes-interprètes seraient-ils paradoxalement les grands absents de ce projet de loi ?

3- Des enjeux ignorés ? -

Cela serait d’autant plus regrettable que, depuis l’émergence des réseaux numériques de communication des oeuvres au public, auteurs et artistes-interprètes sont confrontés aux pratiques de nouveaux acteurs, souvent dotés d’une puissance financière importante qui est mise au service d’ambitions multinationales.

Ces nouveaux acteurs sont essentiellement issus du monde de l’informatique et des telecoms. En général, ils ne sont pas des producteurs de contenus créatifs. La concurrence entre eux étant particulièrement vive et mettant en jeu des investissements importants, il n’est pas exagéré de soutenir que l’intérêt des auteurs et des artistes est loin d’être pour eux une priorité.

Or, les régimes d’exercice des droits de propriété littéraire et artistique et de responsabilité des opérateurs (hébergeurs, fournisseurs d’accès, éditeurs de moteurs de recherche) méritent selon nous d’être mieux adaptés, clans cet environnement, à la double problématique des échanges non commerciaux entre particuliers et des modèles commerciaux dits « participatifs » (c’est-à-dire de modèles fondés sur la mise à la disposition du public de contenus créatifs apportés directement par le public, comme sur Youtube ou Dailymotion).

Il apparaît par ailleurs que favoriser à une échelle de masse le développement de modèles commerciaux de téléchargement de millions d’oeuvres, avec pour seule contrepartie un paiement forfaitaire mensuel de faible montant, est de nature a dévaloriser les contenus artistiques dès lors que le prix payé forfaitairement est déconnecté de I’utilisation faite de chaque oeuvre et que la rémunération des artistes n ’ est plus fonction de cette utilisation.

Le projet de loi ici commenté ne prend pas la mesure de ces enjeux et ne contient aucune solution propre à endiguer le très fort déficit actuel de rémunération des artistes dont le travail est exploité sur les réseaux. Il faut espérer que ce n’est pas délibéré.

4 - Une procédure troublante -

Si la présentation de ce projet par la ministre de la Culture et de la Communication comporte une précision de taille, à savoir que la Haute Autorité n’ exercera aucune surveillance généralisée des réseaux numériques, on peut légitimement se demander alors comment sera effectivement déclenchée la procédure visant à prévenir le piratage de masse et surtout à sanctionner les internautes qui ne respecteraient pas l’obligation à laquelle ils seront tenus en vertu de l’article L. 3363 du code de la propriété intellectuelle.

Le projet de loi ne répond que très partiellement à cette question et est source d’interrogations notamment quant au respect d’un principe essentiel du point de vue processuel, à savoir la séparation des fonctions de poursuite et d’instruction.

Il ressort en effet de la lecture du projet, dont les dispositions concernées ne paraissent pas satisfaire les exigences de lisibilité et d’accessibilité des textes de loi, que la Commission sera saisie par des agents publics habilités par le président de la Haute Autorité. Ces agents reçoivent eux mêmes les « saisines adressées à la commission de protection des droits » par des agents assermentés de droit privé et les informations transmises par le procureur de la République. Ni l’internaute ni l’intermédiaire concerné ne pourront donc à cette étape de la procédure faire valoir leurs droits : la loi ne prévoit même pas I’information du titulaire de l’accès internet.

Le projet confère par ailleurs aux agents assermentés de larges pouvoirs d’investigation qui nécessitent une modification de l’actuel article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques. Ce texte ne permet aujourd’hui la conservation des données techniques relatives au trafic que pour les besoins de la recherche et de la pour suite des infractions pénales et seulement à destination du juge. I’opportunité d’une telle modification législative peut être questionnée dès lors que le dispositif est présente comme ayant une finalité pédagogique et qu’il était possible de laisser au juge la compétence pour statuer sur la violation d’une obligation légale.

5 - Le juge écarté -

Car, au vrai, l’instauration même de 1 ’HADOPI et de sa commission de protection des droits suscite la perplexité.

De façon générale, la multiplication incontrôlée des autorités administratives indépendantes a été amplement critiquée, notamment par l’Office parlementaire d’évaluation de la législation dans un rapport publie en 2006. Souvent présentée comme une solution miracle, la méthode consistant à créer systématiquement une autorité administrative à l’apparition de chaque nouveau problème est en réalité loin d’être satisfaisante. Une fois épuisé l’effet d’annonce, elle dénote souvent une véritable démission du législateur - que l’ on aimerait parfois plus courageux - en rnême temps qu’une évidente défiance à l’égard du pouvoir judiciaire.

Precisément, l’ éviction du juge est sans doute 1 ’un des éléments les plus déroutants du projet de loi ici commente.

Le juge judiciaire est le gardien naturel des libertés individuelles et du droit de propriété. En outre, l’exposé des motifs du projet de loi a beau assener a la manière d’une formule incantatoire que le texte devrait avoir des vertus essentiellement préventives, il est impossible d’ignorer la réalité fortement répressive de celui-ci qui met en place un jeu de sanctions sévères.

Dans ces conditions, il est hors de doute que le juge judiciaire est techniquement le mieux placé et institutionnellement le plus légitime pour les mettre en oeuvre. Peu importe qu’il puisse y avoir des précédents contraires tout aussi critiquables.

Les libertes publiques sont en jeu.

On observera, d’ailleurs, qu’en tout état de cause le juge demeure compétent pour se prononcer sur l’action en contrefaçon - civile ou pénale - qui peut être déclenchée en même temps que les mesures prévues par le projet de loi. En effet, contrairement a ce que suggéré I’ exposé des motifs qui vise « un dispositif (..) qui a vocation, en pratique, à se substituer aux poursuites pénales actuellement encourues par les internautes » ou une tribune parue dans la presse « une alternative crédible aux peines fortes aujourd’hui encourues », le cumul des procédures administrative et pénale resterait évidemment possible. II est d’ailleurs permis de s’interroger sur les conséquences qui résulteraient d’un jugement statuant sur une action en contrefaçon et contredisant les décisions prises par la Commission. Mais conférer a la Commission de protection des droits des attributions concurrentes n’est-il pas le meilleur moyen de générer incohérences et chicanes ? Au demeurant, peut-on sérieusement imaginer que cette Commission, organe unique composé de trois personnes qui exercent en parallèle d’autres fonctions, va réussir à freiner dans des proportions sensibles le piratage sur internet dont le caractère massif n’est plus à démontrer ?

6 - Un projet porteur de risques -

De tout ce qui précède, il résulte que le projet de loi ne peut que susciter les plus grandes réserves. Dans le prolongement de la loi « DADVSI » du 1er août 2006, il emprunte une mauvaise direction en désignant à nouveau I’intemaute comme seul responsable des maux des industries culturelles, d’autant qu’il porte en germe la condamnation de toute formule de réseaux ouverts.

Ce faisant, il risque d’accentuer le malaise existant entre le public et les artistes, alors que notre droit de la propriété intellectuelle connaît un grave déficit de compréhension, voire d’acceptation, par le public. Mais comment pourrait-il en être autrement si le message des réformes qui viennent « s’empiler » les unes sur les autres vise toujours a protéger des marchés plutôt qu’a défendre les intérêts des créateurs, alors pourtant que rien ne s’oppose à ce que ces deux finalités se complètent ?

A la vérité, ce projet de loi s’inscrit dans le droit-fil d’une évolution inquiétante qu’il faut endiguer en réintroduisant le créateur au centre du droit d’auteur et le public dans sa dimension positive de destinataire des contenus culturels. Des solutions existent pour cela et mériteraient d’être débattues. Mais pour que de bonnes réponses soient apportées, il faudrait encore que de justes questions soient posées, ce qui suppose - au préalable - une juste et sereine appréhension des choses.

Point de Vue Par Carine Bernault (maître de conférence à l’Université de Nantes), Olivier Brillanceau (directeur général de la SAIF), Stéphanie Carre (maître de conférence à l’Université Robert Schuman de Strasbourg), Mélanie Clément-Fontaine (maître de conférence à l’Université de Versailles - Saint-Quentin), Christophe Geiger (maître de conférence et directeur du CEPI - Université Robert Schuman de Strasbourg), Antoine Gitton (avocat), Jean Yves Kerbourc’h (professeur à l’Universite de Haute Alsace), Christophe Pascal (avocat), Gilles Vercken (avocat), Jean Vincent (avocat), Michel Vivant (professeur à Sciences Po)